Pour un féminisme laïque et universaliste

A l'occasion du colloque "Place aux femmes !" qui s'est tenu à l'Assemblée nationale, les associations Comité Laïcité République, Libres MarianneS et l'Association pour le Droit International des Femmes ont lancé un appel du 18 juin 2016 en faveur d’ un ressourcement explicite aux principes universalistes de la République, en premier lieu à l’égalité entre tous et toutes et à la laïcité qui, seule, permet de conjuguer liberté individuelle et cohésion citoyenne, singularité et égalité.



La situation des femmes révèle toujours le degré d’avancement démocratique d’une société. Il aura fallu des siècles de combats pour que le principe d’égalité entre hommes et femmes, en droits, en devoirs et en dignité, soit enfin reconnu. Il est encore loin d’être une réalité concrète au cœur même de la République française, comme en témoignent de sinistres tribulations dans le monde politique qui devrait pourtant être un exemple pour toute la société.

Fille des Lumières, l’égalité en droit entre tous, quelles que soient la naissance, la couleur, le sexe, les appartenances religieuses, philosophiques ou politiques, semblait progressivement s’installer comme un principe universel, au même titre que la liberté de conscience dont elle est inséparable.

Ces principes semblaient gravés dans le marbre d’une éthique ouverte à l’humanité toute entière, au-delà des appartenances culturelles, religieuses, philosophiques ou politiques. Ils sont aujourd’hui frontalement combattus par ceux qui leur opposent des revendications identitaires, différencialistes et communautaristes.

L’universalisme, clé de l’émancipation individuelle et collective, est désormais dénoncé par une mouvance anti républicaine comme une idéologie « colonialiste ». La laïcité qui, mettant à distance le politique du religieux, séparant la foi et la Loi, est le nécessaire levier de cette égalité, se voit accusée par les mêmes d’« islamophobie », dès lors qu’elle prétend s’appliquer à toutes les confessions. Le racisme, historiquement porté par l’extrême-droite, fait son retour sous le masque du racialisme, qui légitime la ségrégation des individus selon leurs origines. Le féminisme, enfin, est contesté dès lors qu’il affirme qu’aucun motif cultuel ou culturel ne peut justifier une restriction des droits des femmes ni une entrave à leur exercice.

Ces dramatiques confusions, sciemment entretenues, fragilisent les fondements mêmes de la République tandis que s’imposent de par le monde les formes les plus régressives de contestation de l’égalité entre tous les êtres humains, du respect de leur intégrité physique et morale, de leur liberté à penser et à disposer d’eux-mêmes. Les femmes en sont toujours les premières victimes.

En Europe, ce sont les gouvernements les plus conservateurs, soutenus par des Eglises rétrogrades, qui s’arc boutent sur l’interdiction totale de l’avortement ou qui tentent de remettre en cause ce droit, là où il est déjà restreint à des conditions drastiques, comme en Espagne ou en Pologne. Ce sont également, au niveau de la Commission européenne, des lobbies intégristes qui sont à la manœuvre et tentent d’imposer leurs choix.

En Amérique centrale et du Sud, l’Eglise refuse l’accès à l’IVG des femmes enceintes porteuses du virus Zica dont il est pourtant avéré qu’il cause de graves malformations. Le pape, ami des pauvres et des opprimés, n’est pas celui des femmes ni de la laïcité, comme ses récentes déclarations en témoignent. Certains évêques, dont un représentant du Vatican, n’hésitent pas à affirmer publiquement que le viol est moins grave que l’IVG !

On ne compte plus les pays où les attaques au vitriol et les lapidations sont devenus monnaie courante ; où les crimes d’honneur se banalisent ; où des centaines de filles sont soustraites à l’école et au savoir, où elles sont enlevées pour être converties, mariées de force, humiliées, battues, transformées en esclaves sexuelles, assassinées.

En Allemagne et, simultanément, dans plusieurs autres pays d’Europe, lors du Nouvel an, des femmes sont attaquées et violentées dans la rue, par des groupes d’hommes organisés, qui considèrent surement que leur simple présence dans l’espace public est une invite à l’agression et « qu’elles l’ont bien cherché ».

En France, dans un nombre croissant de quartiers, la pression sociale d’une doxa machiste, alimentée par des prêches fondamentalistes, conjuguée au recul de l’État et des élus dans leur mission de défense de la République laïque et de ses valeurs égalitaires, aboutit à créer des enclaves qui s’alignent sur les théocraties et dictatures les plus rétrogrades pour justifier les violences faites aux femmes A commencer par le voile, de plus en plus couvrant, de plus en plus opaque, qu’il soit de marque ou grande distribution, étendard de la discrimination, que l’appétence à la servitude volontaire de certaines et la coupable lâcheté de leurs thuriféraires voudraient faire passer pour bannière de liberté.

Ce n’est pas par hasard si, à la façon des instituteurs de la III° République, les femmes sont devenues les nouveaux « hussards noirs » de la laïcité.

Grâce à nos idéaux universalistes et laïques, nous avons, nous, citoyens français, les armes qui nous permettent de lutter ensemble pour l’émancipation de la moitié de l’humanité, non pas au nom d’un quelconque particularisme qui vaudrait aux femmes de n’avoir des droits que parce qu’elles sont « autres » mais au nom de notre commune nature, et du fait que « tous les citoyens sont des femmes comme les autres ».


Comité Laïcité République – Libres MarianneS – Ligue du Droit International des Femmes

Rapport d'information de Mme Chantal JOUANNO, fait au nom de la délégation aux droits des femmes



La Délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté un rapport sur l'égalité femmes-hommes et la laïcité le 12 janvier. Pointant la dégradation des droits des femmes dans les sphères religieuses, l’institution préconise une série de recommandations pour protéger ces droits.


C'est l'un des rapports les plus longs à élaborer auxquels Chantal Jouanno ait participé, confie la sénatrice en début de séance. Après plus d'un an de concertations et trois échanges de vue (au lieu d'un pour les dossiers ordinaires), la présidente de la Délégation aux droits des femmes a présenté un épais corpus réalisé le 12 janvier 2017. Intitulé « La laïcité garantit-elle l'égalité femmes-hommes ? » téléchargeable plus bas. il expose un travail de recherche approfondi, riche d'observations de terrain, pointant la dégradation des droits des femmes dans la sphère religieuse en France.

Ces constats ont permis aux sénateurs –la délégation est composée de vingt-cinq femmes et onze hommes – de présenter trois séries de recommandations respectivement destinées au législateur, au gouvernement, et aux acteurs de la vie sociale et politique. Tout en prenant en compte la diversité des croyances et des traditions, avec le « souci constant (…) de ne pas stigmatiser un culte plus qu'un autre », ces propositions ont pour vocation « àaller plus loin dans l'égalité femmes-hommes, sans tenir le religieux à distance », explique Chantal Jouanno.

Les membres de la délégation ont également souhaité réaffirmer les droits sexuels et reproductifs, porter le sujet de la laïcité et de l'égalité dans les grandes instances internationales et « conjurer l'influence des extrémismes religieux ». La publication du rapport final en ce début d'année vise aussi à « interpeller les candidat(e)s à l'élection présidentielle de 2017 », appelés à se prononcer sur les propositions phares du rapport.

Une nouvelle approche de la laïcité

La nécessité de se saisir du sujet de l'égalité femmes-hommes dans la laïcité est apparue à la présidente de la délégation lors d'une rencontre avec le collectif Femmes sans voile d'Aubervilliers. Sa cofondatrice, Nadia Ould-Kaci, lui avait alors présenté une série de photographies prises dans la banlieue est de Paris et montrant des petites filles portant le voile. Ces clichés, présentant une situation à laquelle un enfant ne peut consentir, interrogent alors Chantal Jouanno.

Le climat tendu des derniers mois a également contribué à mettre le sujet de la laïcité et des femmes sur le devant de la scène, notamment avec les débats sur le burkini l'été dernier. Cette atmosphère, faisant des vêtements féminins un objet de débat et un moteur d'animosité, transforme l'actualité en « imaginaire social » défavorable aux droits des femmes, affirme Houria Abdelouahed, psychanalyste et maître de conférences à l'université Paris VII.

La délégation avait déjà soulevé le sujet des droits féminins en 2003, en se penchant sur les mariages forcés et les crimes d'honneurs, et avait amorcé une réflexion générale sur la laïcité en mars 2015. Le débat s'ouvre alors sur ce constat fusionnant les deux thèmes : « On s’aperçoit que la laïcité n'est pas en soi porteuse d'égalité. »

S'amorce alors un long parcours de réflexion. Après une première table ronde en janvier 2016, en présence de douze personnalités investies dans les questions religieuses (dont onze femmes, parmi lesquelles Anne Soupa, Delphine Horvilleur, Hanane Karimi…), auditions et réunions se sont succédé avant de s'accorder sur le contenu du rapport, validé le 3 novembre 2016. La commission du 12 janvier a clos ce processus avec tous les acteurs impliqués dans le projet, lançant une phase de décision plus concrète.

S’emparer de la loi

Si l'intégralité du rapport n'a pas fait consensus, les recommandations jugées prioritaires par la délégation ont été unanimement saluées, voire accueillies avec « gratitude » et « reconnaissance » par les participant(e)s. Parmi ces priorités, la modification de l'article premier de la Constitution, pour y insérer la notion d'égalité femmes-hommes. Le premier alinéa mentionne déjà l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction « d'origine, de race ou de religion », mais il ne mentionne pas l'égalité des sexes. Cet ajout aurait pour effet de soumettre toutes les lois au respect du principe d'égalité entre les femmes et les hommes, car il n'apparaît aujourd'hui que dans le préambule de la loi fondamentale.

La délégation souhaite par ailleurs « créer un délit autonome d'agissement sexiste » afin d'élargir cette notion, qui est pour l'instant cantonnée au code du travail et ne permet de dénoncer les comportements sexistes que dans le cadre professionnel. De même, la commission invite à sanctionner les associations appelant à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison du sexe. Les motifs de plainte pour les femmes victimes d'inégalités sexistes seraient donc étendus.

Autre point de concorde, les parties prenantes du débat ont collectivement pointé la nécessité «d'interroger le suivi et le contrôle des mesures prises», comme l'a souligné Marie-Thérèse Besson, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France. Le flou juridique ne pourra en effet être levé qu'en fonction de l'aboutissement du rapport, et la manière dont s'en saisissent les acteurs politiques.

Frictions sur le sport, les signes religieux et la loi de 1905

Les institutions publiques – écoles, hôpitaux, communes – et le milieu associatif ont fait l'objet d'une attention particulière. La délégation a pris en compte des situations concrètes relatées dans le rapport, comme des cas d'hommes qui refusent de serrer la main de collègues féminines, ou de femmes qui s’opposent à être soignées par des médecins de sexe masculin. Le groupe de sénateurs appelle à établir des mécanismes de remontée directe pour signaler les incidents aux ministères concernés, sans filtrage hiérarchique.

Il demande par ailleurs la nomination de référents laïcité et d'aumôniers formés aux questions d'égalité femmes-hommes. Lors du débat, cet appel a été appuyé par deux aumônières musulmanes et une aumônière militaire israélite, ainsi qu’une spécialiste de la laïcité en milieu hospitalier, Isabelle Lévy. D'un point de vue plus global, les communes, partis politiques et entreprises ont été invités à adopter des codes de bonne conduite en matière de laïcité et d'égalité des sexes.

Le sport, le port de signes religieux à l'université et le statut de la loi de séparation des Églises et de l'État ont été les seuls points d'achoppement au cours du débat. Bien que les perceptions divergent sur ces thèmes, aucun(e) participant(e) n'a remis en cause la volonté collective de clarifier les limites d'exercice des croyances, athéisme y compris.

Virginie Larousse, rédactrice en chef du Monde des Religions, a notamment rappelé l'importance de « se sentir investi du droit de continuer à critiquer les religions » bien que « s'attaquer aux symboles [soit] souvent perçu comme une entrave à l'intimité ». L'une des dernières intervenantes, Liliane Vana, docteure en sciences des religions et fière d'affirmer son identité de juive orthodoxe, a donné le mot de la fin avec humour : « Dieu merci, la loi de 1905 existe. »






Alertée par des comportements qui menacent les droits et libertés des femmes dans notre pays et convaincue que les femmes sont les premières victimes des extrémismes religieux, la délégation aux droits des femmes du Sénat a souhaité inscrire à son programme de travail une réflexion sur la laïcité afin d'évaluer ses dimensions protectrices, voire émancipatrices pour les femmes.

Son analyse confirme le constat d'atteintes préoccupantes à la mixité et à l'égalité entre femmes et hommes, en lien avec le fait religieux, plus particulièrement dans l'enseignement, sur Internet, dans le domaine médical, dans l'entreprise et dans l'espace public.

Convaincue que l'égalité entre femmes et hommes est une dimension essentielle de la laïcité, mais que celle-ci n'est pas en soi porteuse d'émancipation pour les femmes, la délégation plaide pour une réaffirmation exigeante du principe d'égalité entre femmes et hommes dans tout le corpus juridique français.

Face aux menaces qui pèsent sur les valeurs de notre République et sur la mixité, élément déterminant de notre « vivre ensemble », la délégation aux droits des femmes formule des propositions à l'attention du législateur et des recommandations à l'attention du Gouvernement ; elle suggère aussi des pistes de réflexion qui s'adressent, entre autres acteurs, aux partis politiques, aux collectivités territoriales et aux organismes représentant les cultes en France.

Le coup de gueule de Mimi Abdo . "Mon père qui êtes aux cieux, restez-y"


Laïcité principe universel

Pour les adeptes de la « laïcité de la reconnaissance du religieux » (sic), ce serait un principe « franco-français ». Ceci proféré sur un ton assez méprisant, Lorsqu’au cours d’interventions, cette argutie est avancée, je réponds que la laïcité, principe universel d’émancipation issu des Lumières et de la Révolution Française, est une construction de la raison humaine. Les Français seraient-ils donc le seul peuple doué de raison ? Quel racisme !

Pour tordre le cou à cette idée reçue, deux exemples pris parmi tant d’autres :

La Canadienne Katherine Swinton considère que nos sociétés sont composées d’une collection de nombreuses pierres qui doivent être cimentées en un réseau de manière à construire une mosaïque harmonieuse. Pour elle le ciment c’est la laïcité qui permet de vivre ensemble par-delà les différences. Pour le Libanais Georges Corm dans Orient-Occident, la fracture imaginaire, 2002 « La laïcité est un instrument critique de tout ordre qui se fige dans l’invocation d’une transcendance « divine » ou « civile ». Refus de sacraliser toute doctrine qui serait érigée en absolu échappant à la critique de l’esprit humain, d’essentialiser toute différence entre citoyens. »

Elle et lui mettent en lumière deux caractères principaux de la laïcité : liberté de conscience et égalité entre les personnes, quel que soit leur sexe, leur couleur et leur religion (Condorcet). Auquel il convient d’ajouter l’aspect cher à Jaurès : l’impartialité du pouvoir politique. L’Etat profane – qui ne se réfère à aucune religion, qui ne prétend pas tenir sa légitimité d’une religion, qui ne professe aucune croyance religieuse, qui s’abstient donc au sujet des religions sans se mêler d’aucune, sans favoriser aucune, sans léser aucune. L’Etat laïque procure un pouvoir politique indépendant vis-à-vis des religions, et qui assure à chacune d’elles, mais aussi aux agnostiques et aux athées, une pleine liberté de conscience.

La laïcité organise donc une société dont tous les membres sont juridiquement et politiquement égaux, indépendamment de l'origine, du sexe, des options philosophiques ou religieuses. Elle définit un ensemble de droits et de devoirs réciproques. Le citoyen réclame de l’Etat le respect de ses droits parce que l’Etat réclame légitimement du citoyen l’accomplissement de certains devoirs.

Laïcité et droits des femmes

La laïcité est également indispensable pour l’émancipation des femmes par rapport au patriarcat théocratique. Ce qui inclut les droits des femmes, leur autonomie et leur émancipation, la capacité à choisir de leur propre chef sans se laisser dominer par certaines tendances naturelles ou collectives, ni de façon servile par une autorité extérieure.


Partout, dans l’espace et dans le temps, on observe les rapports de hiérarchie patriarcale et d’assujettissement des femmes. Quel est le poids des religions, clé du symbolique, dans la formation et le maintien de cette hiérarchie ?

Les religions ont été fixées par des hommes, les êtres humains de sexe masculin, pour les hommes. Les textes sacrés, transcrits, étudiés, commentés le furent aussi par ces mêmes hommes qui pendant des siècles eurent le monopole de l’accès à la culture. Dans toutes les religions, on retrouve les constantes misogynes qui ont abouti à la discrimination des femmes :
elles ont été utilisées par les hommes et les Etats pour posséder le corps et l’esprit des femmes.

Les extrémismes religieux utilisent, encore aujourd’hui, les religions pour posséder le corps et l’esprit des femmes afin de conserver le pouvoir politique.

Orientation sociale décisive, l’émancipation féminine a largement infléchi le rapport des femmes à la religion. Son incidence a pris des formes variées, voire opposées, entre progressisme et intégrisme qui troublent profondément l’ordre ancestral, supposé naturel et surnaturel.

Toutes les religions voient se diviser les femmes qui s’y réfèrent : les traditionalistes, gardiennes de l’orthodoxie, se considérant comme les seules conformes aux prescriptions de leur Dieu, fidèles et fécondes pour transmettre aux nouvelles générations la foi des anciens jours. Et un courant libéral, pro-choice, admettant les mariages interconfessionnels, la maîtrise du désir d’enfant, la prêtrise, les sexualités différentes.

Partout dans le monde, en suivant des cheminements différents, les femmes vont s’affranchir du poids des religions par les revendications de disposer librement de leur corps, de leur esprit et d’avoir la maîtrise de leur désir d’enfant. Au 2/3 du xx° siècle, l’avancée des droits des femmes était visible dans tous les pays du monde.

Panique chez les machocrates qui ont appellé à leur secours les religions.

Pour convaincre des femmes de revenir aux schémas patriarcaux théocratiques, la soumission à dieu se matérialisant sur terre par la soumission aux hommes, ils utilisent deux types de discours. Un discours hypocrite de protection des femmes et un discours d’intimidation : la menace de punition sur terre ou au ciel, c’est-à-dire éternelle, si les femmes n’obéissent pas aux traditions.

Chaque fois qu’une femme n’est pas sujet de droit, chaque fois que l’égalité entre les femmes et les hommes n’’est pas respecté, cela s’appuie sur des traditions et coutumes religieuses.

La mainmise sur la fécondité et la sexualité des femmes a été et reste le moteur de l’oppression. Tous les extrémismes religieux se soutiennent. Les votes conjoints du Saint Siège, de la Pologne, Hongrie, Malte, des fondamentalistes protestants américains et des Etats musulmans dans les conférences internationales contre l’accès des femmes aux droits à disposer de leur corps en sont la preuve.

Leur champ d’action est très vaste. L’intrusion des religions dans l’espace temporel est d’autant mieux acceptée qu’elles en viennent à accomplir les fonctions de solidarité délaissées par les Etats qu’elles ont elles-mêmes affaiblis.

Voici donc les enjeux sur lesquels il faut être très vigilant et que nous allons développer tout le long de la journée. Bien sur les droits reproductifs et sexuels, mais aussi le droit à l’héritage, à la possession de la terre, l’âge légal du mariage, la liberté de choix du mari, la possibilité de mariage exogamique, de reconnaitre ses enfants nés hors mariage, de lui donner sa nationalité, etc.

Mais tout d’abord Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie hebdo, qui a participé il y a 2 ans au colloque sur le système prostitueur violence machiste archaïque. Je vous confirme que Charlie hebdo est connu dans le monde entier, il y a 2 ans une discussion très vive avec un chauffeur de taxi new yorkais, africain anglophone, qui considérait que vous n’avez pas à critiquer les religions.


1ère table ronde - Laïcité contre l’oppression des religions sur le corps et l’esprit des femme

Modératrice : Christelle MONTEAGUDO, journaliste, Lyon Capitale 

· Religion et psychiatrie, une relation dangereuse ? Saida Douki Dedieu, Professeure émérite de psychiatrie, Université de Tunis, Administratrice de Regards de femmes 
· Laïcité et Identité – Femmes et Laïcité,Bernard Lamizet, Professeur émérite, Institut d’Etudes Politiques de Lyon 
· tre fille à l’école en France aujourd’hui,Ghislaine Durand, professeure des écoles en ZEP, présidente de Regards de Femmes tsiganes et conseillère auprès du CESE pour la scolarisation des enfants roms 
· Les habits neufs de la réaction, Laure Caille, secrétaire générale de Libres MarianneS 
· La laïcité à l’épreuve du multiculturalisme, Yolène Dilas-Rocherieux, sociologue du politique, maître de conférences en sociologie politique à l’Université Paris Ouest-La défense 
· Débat 



2ème table ronde - Laïcité principe universel, force et bouclier pour TOUTES les femmes



Modératrice : Caroline BENOIST, directrice de Faire Sens 

· Droits sexuels et reproductifs : les responsables du blocage au niveau international, Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des femmes 

· L’instrumentalisation politique des religions : un danger majeur pour les femmes, André Gerin, maire-honoraire de Vénissieux, député du Rhône (1992-2012) 


· 25 ans à l’ombre de l’église en Pologne, Nina Sankari, La Coalition Athée 

· Les droits des femmes au Mali, entre droits positifs et droits coutumiers, Toure Yaba Tamboura, Coordinatrice Genre, Ministère de la Famille, de la femme et de l’enfant, Mali 


· Débat 

Conclusion - Michèle Vianès 

En conclusion, il est important de mettre en lumière les différences entre Etats laïques et non-laïques ainsi que les actions à mettre en œuvre pour les femmes en s’appuyant sur le principe universel de laïcité. 

Etats laïques et non-laïques 

La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de penser et d’expression, sur l’égalité en droit et en dignité des options philosophiques ou croyances religieuses et sur la neutralité de l’action publique.

L’impartialité dans la garantie de pouvoir croire, de ne pas croire ou de douter et pour toutes les confessions de pouvoir exercer librement leur culte, sous réserve de ne pas attenter aux libertés d’autrui, ni troubler l’ordre public impose à l’Etat et aux collectivités territoriales, aux agents des services publics et à leurs usagers, la neutralité vis-à-vis de toutes les religions et surtout l’indifférence.

Moyen de faire coexister des femmes et des hommes qui ne partagent pas forcément les mêmes convictions, mais émancipés par une éducation à l’autonomie rationnelle de jugement, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. Le lien civique a la prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités domestiques locales ou claniques. La loi est la même pour tous et toutes. Pas de droits différenciés selon le sexe, l’appartenance à une religion ou une idéologie, à une profession.

La laïcité est donc garante de l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes. Contraception, avortement, refus des violences ethnicistes, de l’oppression religieuse et/ou communautariste en sont les applications. 

Si l’Etat n’est pas laïque


Soit une religion est obligatoire ou privilégiée, donc imposée, la liberté de penser n’est plus possible. La religion assujettissant à son profit la puissance publique, il n’y a plus d’égalité. Ceux qui ne croient pas en cette religion ou qui l’interprètent différemment subissent une altération ou un anéantissement de leurs droits fondamentaux en tant que personne humaine.

L’unicité est de façade. Comme la diversité des opinions et l’égalité en droit ne sont pas respectées, les conflits et « guerres des dieux » se développent.

Soit toutes les religions sont « reconnues », chaque groupe va pouvoir exiger de respecter ses propres règles de vie communautaire. L’intérêt et la surenchère de chaque groupe prime sur le bien commun. Cette diversité cristallise les différences et érige des murs entre les groupes. L’espace public est morcelé. Il n’y a plus émergence de principes communs supérieurs aux valeurs individuelles, plus de mixité entre les groupes, les mariages endogamiques restent la règle. Des éducations particulières divisent les enfants et les jeunes avant d’opposer les adultes.

En cas de conflits entre les groupes, pour arbitrer au nom de l’intérêt général, l’Etat qui n’a pas l’outil de la laïcité – laquelle connaît toutes les religions, mais n’en reconnaît aucune- est désarmé. Ainsi lorsque l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes n’est pas respecté dans des groupes ethniques au nom de traditions ou de religions, les pays communautaristes ou multiculturalistes rencontrent des conflits évidents. Le multiculturalisme exacerbe l'ethnicisation des rapports sociaux et provoque l’enfermement « identitaire » qui dresse des murs au lieu de favoriser lien social et projet politique commun.

Les actions à poursuivre La Convention pour l’élimination des discriminations envers les femmes Cedaw et la plate-forme d’Action de Pékin affirment « Aucun prétexte de traditions, de coutumes ou de religions ne peut être évoqué pour justifier des violations des droits des femmes ». Ce sera l’objet de l’atelier que nous organiserons en mars prochain à l’ONU pendant la commission du statut des femmes où les Etats devront présenter l’application de ces conventions.

Pour que toutes les femmes aient accès aux droits fondamentaux universels, à leur autonomie et émancipation, la laïcité, la séparation entre le religieux et le politique, est indispensable. 

« La loi pour tous, la foi pour soi » comme disent nos amies de NPNS.

Ne soyons ni dupes ni complices du discours englobant des fondamentalistes religieux, négation de l’autonomie de l’individu. Pour cela : 

1. Affirmer les principes universels d’égale dignité des hommes et des femmes. 

2. Refuser toute justification religieuse d’atteinte aux droits des femmes. Toutes les femmes et jeunes filles dans un pays ont les mêmes droits. Dénoncer l’argument du relativisme culturel qui permet aux fondamentalistes religieux d’opprimer leurs coreligionnaires, à commencer par les femmes.


Nous sommes bien dans le combat entre traditions archaïques et théocratiques patriarcales et l’idée moderne de laïcité, héritière des Lumières (« Nous avons besoin des lumières, nous avons besoin de la laïcité » Taslima Nasreen) : reconnaître à chacun la même dignité, n’exiger nulle dévotion en contrepartie mais l’adhésion librement consentie à un contrat et à des devoirs de la part de consciences autonomes et libres, c’est-à-dire éclairées, aptes à juger et capable de vouloir. 

Particularismes, individualismes, corporatismes, communautarismes, ethnicismes, colorismes, séparatismes qui ignorent le bien commun relèvent de la même logique. Ils créent des tensions qui ne peuvent conduire qu’à des conflits, des exclusions et entraîner perte du sens civique et danger pour la paix civile.

Aussi je vous invite à suivre les conseils de Voltaire à M. le Marquis de Villevieille, 20 décembre 1768 « Je brave le diable qui n’existe point et les vrais diables fanatiques qui n’existent que trop. »



Conclusions d’Esther FOUCHIER, présidente du FFM et du Collectif 13 droits des femmes Mardi 21 mars 2017 à la Villa méditerranée

AUCUN MOTIF CULTUEL OU CULTUREL NE PEUT JUSTIFIER UNE RESTRICTION DES DROITS DES FEMMES


Nous rappelons que la laïcité doit être considérée comme le dispositif juridique qui permet la séparation effective des Eglises et de l’Etat, l’égal traitement des citoyens sans aucune discrimination. 

Etre laïque c’est : 

- Respecter les religions des uns et des autres, et admettre la liberté de conscience 

- Refuser que les religions contrôlent la sphère publique. 

La situation des femmes révèle toujours le degré d’avancement démocratique d’une société. Il aura fallu des siècles de combats pour que le principe d’égalité entre hommes et femmes, en droits, en devoirs et en dignité, soit enfin reconnu. Il est encore loin d’être une réalité concrète au cœur même de la République française, comme en témoignent de sinistres tribulations dans le monde politique qui devrait pourtant être un exemple pour toute la société. 

Fille des Lumières, l’égalité en droit entre tous, quelles que soient la naissance, la couleur, le sexe, les appartenances religieuses, philosophiques ou politiques, semblait progressivement s’installer comme un principe universel, au même titre que la liberté de conscience dont elle est inséparable. 

Ces principes semblaient gravés dans le marbre d’une éthique ouverte à l’humanité toute entière, au-delà des appartenances culturelles, religieuses, philosophiques ou politiques. Ils sont aujourd’hui frontalement combattus par ceux qui leur opposent des revendications identitaires, différencialistes et communautaristes. 

L’universalisme, clé de l’émancipation individuelle et collective, est désormais dénoncé par une mouvance anti républicaine comme une idéologie « colonialiste ». La laïcité qui, mettant à distance le politique du religieux, séparant la foi et la Loi, est le nécessaire levier de cette égalité, se voit accusée par les mêmes d’ « islamophobie », dès lors qu’elle prétend s’appliquer à toutes les confessions. Le racisme, historiquement porté par l’extrême-droite, fait son retour sous le masque du racialisme, qui légitime la ségrégation des individus selon leurs origines. Le féminisme, enfin, est contesté dès lors qu’il affirme qu’aucun motif cultuel ou culturel ne peut justifier une restriction des droits des femmes ni une entrave à leur exercice. 

Ces dramatiques confusions, sciemment entretenues, fragilisent les fondements mêmes de la République tandis que s’imposent de par le monde les formes les plus régressives de contestation de l’égalité entre tous les êtres humains, du respect de leur intégrité physique et morale, de leur liberté à penser et à disposer d’eux-mêmes. Les femmes en sont toujours les premières victimes. 

En Europe, ce sont les gouvernements les plus conservateurs, soutenus par des Eglises rétrogrades, qui s’arc-boutent sur l’interdiction totale de l’avortement ou qui tentent de remettre en cause ce droit, là où il est déjà restreint à des conditions drastiques, comme à Malte, en Irlande ou en Pologne. Ce sont également, au niveau de la Commission européenne, des lobbies intégristes qui sont à la manœuvre et tentent d’imposer leurs choix. 

On ne compte plus les pays où les attaques au vitriol et les lapidations sont devenus monnaie courante ; où les crimes d’honneur se banalisent ; où des centaines de filles sont soustraites à l’école et au savoir, où elles sont enlevées pour être converties, mariées de force, humiliées, battues, transformées en esclaves sexuelles, assassinées. 

En Allemagne et, simultanément, dans plusieurs autres pays d’Europe, lors du Nouvel an, des femmes sont attaquées et violentées dans la rue, par des groupes d’hommes organisés, qui considèrent surement que leur simple présence dans l’espace public est une invite à l’agression et « qu’elles l’ont bien cherché ». 

DES ENCLAVES QUI S’ALIGNENT SUR LES THÉOCRATIES ET DICTATURES LES PLUS RÉTROGRADES 

En France, dans un nombre croissant de quartiers, la pression sociale d’une doxa machiste, alimentée par des prêches fondamentalistes, conjuguée au recul de l’État et des élus dans leur mission de défense de la République laïque et de ses valeurs égalitaires, aboutit à créer des enclaves qui s’alignent sur les théocraties et dictatures les plus rétrogrades pour justifier les violences faites aux femmes. A commencer par le voile, de plus en plus couvrant, de plus en plus opaque, qu’il soit de marque ou grande distribution, étendard de la discrimination, que l’appétence à la servitude volontaire de certaines et la coupable lâcheté de leurs thuriféraires voudraient faire passer pour bannière de liberté. 

Ce n’est pas par hasard si, à la façon des instituteurs de la III° République, les femmes sont devenues les nouveaux « hussards noirs » de la laïcité.. 

Grâce à nos idéaux universalistes et laïques, nous avons, nous, citoyens français, les armes qui nous permettent de lutter ensemble pour l’émancipation de la moitié de l’humanité, non pas au nom d’un quelconque particularisme qui vaudrait aux femmes de n’avoir des droits que parce qu’elles sont « autres » mais au nom de notre commune nature, et du fait que « tous les citoyens sont des femmes comme les autres ». 

La République universaliste, laïque et sociale, depuis qu’elle a compris, grâce à la lutte des femmes que celles-ci sont ses plus ardentes combattantes est désormais le meilleur rempart contre les régressions de tous ordres que tentent d’imposer les communautarismes, contre toutes les formes de racisme et contre l’extrême-droite qui se nourrit des renoncements et des peurs. 

Conclusion 

"La laïcité doit permettre à chacun de s'émanciper, de s'épanouir et de trouver sa propre liberté »

Pour en finir avec les idées reçues sur la laïcité

PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA LAICITE
Idées reçus

 1. principes fondamentaux de la laïcité


Le corpus juridique de la laïcité date principalement de la IIIe République. Après les lois du 28 mars 1882 et du 30 octobre 1886 sur l’école, la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’état consacre la neutralité de l’état face aux religions et garantit la liberté de conscience et l’opinion. Avec son inscription dans la Constitution de 1946, Le principe de laïcité acquiert une valeur constitutionnelle. 

Le système juridique de la laïcité est composé d’un ensemble de textes édictés à partir des principes fondateurs de la loi de 1905 et enrichi par des mesures et des décrets pris en fonction des problèmes concrets.

Néanmoins, les trois principes sur lesquels repose la laïcité remontent déjà à la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789. Il d’agit de :

- La liberté de conscience,

- L’égalité de droit et de traitement,

- L’autonomie du politique et du religieux.

Ces principes doivent être affirmés avec fermeté pour permettre des applications sereines, quelles que soient les cultures ou religions concernées. En effet, si, en France, la laïcité s’est construite contre la prééminence de la religion catholique, que cette confrontation ait pris la forme d’un affrontement ou d’un dialogue et d’accommodements, toutes les religions, anciennes ou nouvelles, sont appelées à respecter la loi laïque.

Liberté de conscience

La liberté de conscience est reconnue par les lois de la République, notamment par l’article 1 de la loi de 1905 (1), et l’atteinte à cette liberté est passible de sanctions (2).


(1) Art. 1 de la loi de 1905 : 

« La république assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. » 

(2)Art. 31 de la loi de 1905 : 

« Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d’un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte. »

Réaffirmée par la Convention européenne des droits de l’Homme (3), la liberté de conscience suppose la liberté pour chacun d’exprimer sa religion, de la pratiquer, de l’abandonner, ou de n’en avoir aucune.


(3) Art. 9 de la convention européenne des droits de l’Homme : 

« 1. Toutes personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. 

2. La liberté de la manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé et de la morale publique ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Ce principe favorise la diversité des convictions et permet la cohabitation et la manifestation de différentes sensibilités religieuses dans l’espace public. Toutefois, comme toute liberté publique, la manifestation  de la liberté de conscience est limitée par la liberté d’autrui et les nécessités de l’ordre public : la liberté de conscience peut être étouffée par des pressions prosélytes ; pour s’épanouir, elle suppose le principe, reconnu en droit international, de compatibilité des libertés.

égalité de droit et de traitement


L’article 1 de la Constitution française assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion «  et le respect de toutes les croyances.
Ainsi, me dispositif législatif inclut des sanctions contre diverse discriminations, injures ou diffamations, notamment en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une religion (Code pénal, art. 225-1 et 225-2) (4).


(4) Art. 225-2 du Code pénal : 

La Discrimination définie à l’article 225-1, commise à l’égard d’une personne physique ou morale, est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000€ d’amende l’lorsqu’elle consiste : 


1° à refuser ma fourniture d’un bien ou d’un service ; 
2° à entraver l’exercice moral d’une activité économique quelconque ; 
3° à refuser d’embaucher, à sanctionner ou à licencier une personne ; 
4° à subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service à une condition fondée sur l’un des éléments visés à l’article 225-1 ; 
5° à subordonner une offre d’emploi, une demande de stage ou une période de formation en entreprise à une condition fondée sur l’un des éléments visés à l’article 225-1 ; 
6° à refuser d’accepter une personne à l’un des stages visés par le 2° de l’article L. 412-8 du code de la sécurité sociale. 

Lorsque le refus discriminatoire prévu au 1° est commis dans un lieu accueillant du public ou aux fins d’en interdire l’accès, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 Euros d’amande. 

Discrimination religieuse 
Une organisation d’extrême-droite distribuait aux personnes sans domicile une « soupe au cochon » dans l’intention d’en priver certaines personnes et d’opérer une discrimination fondée sur l’appartenance religieuse. Par ordonnance du 5 janvier 2007, le Conseil d’état valide un arrêté pris par le préfet de police de Paris qui interdisait cette distribution de nature à « porter atteinte à la dignité des personnes privées du secours proposé et à causer ainsi des troubles à l’ordre public ». 

Le principe de l’égalité de traitement des individus, au –delà de leurs convictions ou différences, se concrétise aussi par la neutralité de l’état qui ne saurait reconnaître telle ou telle religion plutôt qu’une autre et qui leur doit un traitement égalitaire. (5)
  
Dans les pays européens qui ont adopté un système de reconnaissance d’un certain nombre de religions, seules les religions reconnues bénéficient de droits et d’avantages et sont prévues dans les prélèvements fiscaux. Ce système crée automatiquement des inégalités entre les religions. Ainsi, en Allemagne, le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme sont les seules religions reconnues.

Dans d’autres pays encore, il existe une religion officielle, comme en Grande-Bretagne où l’anglicanisme est la religion de la famille royale et où les plus hauts dignitaires de cette religion sont représentés de droit dans différentes instances publiques.

Autonomie du politique et du religieux

 La loi de 1905 pose un prince de séparation des églises et de l’état qui opère l’autonomie du politique à l’égard du religieux, et de la citoyenneté à l’égard de l’appartenance confessionnelle. L’autonomie interne des cultes et ainsi garantie : l’état n’a aucune compétence pour l’organisation des cultes, le recrutement des personnels, leur formation, leur statut qui relèvent du droit ecclésial ou des normes et organisations propres à chaque religion.

Cette autonomie du politique s’exprime aussi dans :

Ø   L’application nationale des lois

Quand le pouvoir politique a légiféré, aucune instance religieuse ne peut prétendre échapper à la loi commune. Les lois s’appliquent sur l’ensemble du territoire, à tous les individus, quelle que soit leur religion ou leur conviction philosophie. Au contraire, dans des systèmes non-laïques, la loi peut être appliquée de manière différenciée. Par exemple, en  Grèce, le territoire du Mont-Athos est interdit aux femmes en raison de leur sexe.

Ø  L’état civil

Lorsque ce registre était tenu par les catholiques, personnes des religions minoritaires et les athées ne pouvaient pas être enterrés dans les cimetières. La France a été le premier pays à créer un état civil laïque : tout individu y est inscrit, de la naissance à la mort, quelle que soit son origine, son sexe, son rang ou sa religion. Au contraire, dans les systèmes théocratiques, la citoyenneté est liée à la religion, et cette confusion rompt toute égalité de traitement au détriment des minoritaires ou des agnostiques. Ainsi, dans de nombreux pays, la mairie ne fait que valider les mariages célébrés religieusement. En France, le mariage civil prévaut et l’état n’intervient pas dans les cérémonies religieuses qui peuvent éventuellement avoir lieu après les cérémonies civiles. Le système laïque permet à l’état de défaire ce qu’il a fait, et donc d’annuler des mariage ou de prononcer des divorces. Dans les systèmes théocratiques, ces deux possibilités sont très fortement limitées.

Ø  Le droit du sol

La première loi sur le droit du sol en France date de 1851. Contrairement aux pays théocratiques où la nationalité est liée à la religion, en France, la nationalité française ne se transmet pas seulement par la filiation ou par le sang, mais par la naissance sur le territoire national. Sur 40 000 jeunes nées en France de parents étrangers, 38 000 deviennent français à leur majorité.

2. idées reçus

« La laïcité serait la négation du religieux »

 Issue des lumières, la laïcité est une notion développée en France. Néanmoins, toute idée, quel que soit son lieu d’émergence, peut intéresser l’ensemble de l’humanité et être comprise partout et par tout le monde. Tous les peuples ont produit des idées, des techniques, des œuvres d’art qui ont ensuite été reconnues universellement. Il en va ainsi de la présomption d’innocence (Habeas corpus) conceptualisée en Angleterre, ou encore de la boussole inventée en Chine, des pyramides construites en égypte…

En tant que principe fondamental, au même titre que les droits humains, et non en tant que conviction ou modèle culturel, la laïcité peut avoir une valeur universelle. En effet, la laïcité n’appartient pas à la culture française ou occidentale, mais à la culture démocratique. Ainsi, dans tous les pays, la construction démocratique s’est accompagnée d’une sécularisation des institutions, mais c’est en France que le principe de séparation de l’église et de l’état s’est imposé en premier. Avant d’arriver à une culture démocratique et laïque, la France, « fille aînée de l’église », a été un pays très majoritairement catholique, régi jusqu’à la révolution par le principe d’Ancien Régime « Un roi, une loi, une foi ». Les religions minoritaires étaient persécutées, ou bien cantonnées à des métiers à l’époque dévalorisées (le commerce, l’usure, la boucherie…) qui, par ailleurs, étaient surtaxés. Ce n’est que progressivement que les institutions françaises ont été sécularisées, puis laïcisées, avec la fin de la prééminence de la religion catholique sur la vie politique, sociale, éducative.


« La laïcité serait la négation du religieux »


Dans une société laïque, la religion relève de l’espace privé. Néanmoins, il existe des lieux de cultes, des pèlerinages, des manifestations (Journées Mondiales de la Jeunesse catholique, ou les rencontre annuelles des musulmans au Bourget), des aumôneries dans les universités, les hôpitaux et prisons.

La laïcité ne rend pas les pratiques religieuses clandestines, elle permet au contraire l’expression de leur diversité et leur coexistence pacifique, entre elles et avec l’agnostisme et l’athéisme. Elle garantit aussi une large diversité de convictions soutenue par les principes d’égalité. Ainsi, La France est actuellement le premier pays musulman, le premier pays juif et le premier pays bouddhiste d’Europe. De plus il n’y a pas moins de pratiquants dans un pays laïque comme la France que dans d’autres pays européens où il existe des religions officielles. Ainsi, la Grande-Bretagne compte 12% de pratiquants réguliers, alors que la France en compte 14%.

Le droit français ne connaît plus le crime d’apostasie ou de blasphème. La France est donc un pays où la liberté de se dire athée ou agnostique et la liberté d’esprit critique existent.

En revanche, dans les systèmes théocratiques, toutes les religions n’ont pas le même statut. Il n’y a qu’une religion reconnue par l’état et les membres des autres religions sont seulement tolérés, parfois discriminés, voire persécutés. La loi civile (mariage, filiation, transmission du nom…) est elle-même une loi religieuse. Les communautés religieuses minoritaires sont régies selon leurs propres traditions. Il n’existe pas de loi commune, ce qui crée une ségrégation et une citoyenneté de seconde zone.


« La laïcité discriminerait l’islam »


La laïcité résulte d’un compromis historique qui a permis le développement d’une jurisprudence très fournie, quelles que soient les religions concernées. Cette jurisprudence concerne notamment la construction des lieux de culte, les carrés confessionnels dans les cimetières, les aumôneries dans les internats scolaires, les hôpitaux, les prisons et les aéroports, les pèlerinages…

Tous les cultes peuvent bénéficier d’une mise à disposition de terrain avec un bail emphytéotique (dont la durée va jusqu’à 99 ans et le loyer est symbolique). En revanche, aucun ne peut obtenir de financement public pour la construction des bâtiments. En effet, le financement des lieux de cultes doit provenir des fidèles et non des institutions publiques. Cela est vrai pour toutes les confessions. Ces n’est que lorsque ces lieux de culte ont intégré le patrimoine national qu’ils peuvent être rénovés avec es financements publics. 

Il est vrai que, la France étant historiquement un pays catholique, les églises y sont plus anciennes et nombreuses que les mosquées ou les pagodes, et qu’elles appartiennent plus souvent au patrimoine national. Mais l’égalité entre toutes les religions doit se comprendre comme une égalité de traitement dans l’ouverture de lieux de cultes accessibles à tous, et non comme une égalité quantitative qui accorderait à chaque religion le même nombre de lieux de culte.

Les cultes nouvellement implantés en France, comme l’islam et le bouddhisme, ont une visibilité moindre qui ne correspond pas à une inégalité au regard de la loi, mais qui relève d’un fait historique et sociologique.

À cela, il faut ajouter que dans la plupart des pays islamiques, l’islam joue un rôle important dans le champ juridique et politique, notamment en ce qui concerne la structure familiale. Cette absence de séparation entre la religion et l’état créé un confusion entre le culturel et le juridique, et engendre des d ébats sociaux et politiques importants dans beaucoup de ces pays.

En France où l’immigration dite musulmane est présente depuis plus d’un siècle, ce débat existe aussi et se voit accentué par l’apparition de mouvements politico-religieux. Dans ce contexte, les demandes liées à l’islam qui entrent en confrontation avec les principes laïques, sont les plus visibles sur le terrain et interpellent fortement les acteurs. Ce fait même renforce parfois l’idée reçus selon laquelle la laïcité discriminerait l’islam, alors qu’il témoigne au contraire de l’urgence de travailler sur le principe de la laïcité pour lutter contre la stigmatisation des personnes dites musulmanes et combattre le racisme dont elles font l’objet.

« La laïcité serait trop abstraite »


L’autonomie religieuse garantie par la laïcité permet d’être croyant, ou de ne pas l’être, ou encore de changer de religion. Les principes laïques favorisent ainsi l’autonomie des personnes et l’exercice de la citoyenneté en ouvrant le champ des possibles, qu’il s’agisse des différentes explications de la vie humaine ou des pratique quotidiennes.


La laïcité interroge le rapport à l’Autre, à la mort, à la maladie et à la sexualité, dans le respect de la compatibilité des libertés et des choix individuels.

La laïcité a des implications dans des questions essentielles de la vie aussi bien dans leur dimension normative que dans leurs applications concrète : les circoncisions, les mutilations sexuelles féminines, la virginité et la réfection d’hymen, les mariages forcés, la contraception et l’interruption volontaire de grossesse, la condition juridique des femmes, l’adultère, l’orientation sexuelle et l’homosexualité… La laïcité permet d’analyser et de répondre à ces différentes situations en affirmant le principe de la liberté et du consentement des personnes.

La laïcité oblige aussi à réfléchir à la signification des signes et des règles des lieux de vie. Ainsi, il n’est pas possible de se comporter de la même façon à l’école, dans la rue ou sur le marché.

Enfin, la laïcité prône l’exercice de la raison et du libre examen contre toutes les formes de censure ou de mise à l’index (poèmes, romans, caricatures). Elle ne pose pas d’interdit dans l’exploration scientifique, dans la pensée philosophique.

Dans un cadre laïque, ce qui peut poser problème, ce n’est pas la diversité culturelle, mais la signification des choix au regard des atteintes aux libertés. Les conflits sociopolitiques autour des revendications religieuses et de la laïcité relèvent donc de choix fondamentaux des sociétés.

« La laïcité ne respecterait pas la diversité culturelle »




En France, c’est un long cheminement historique qui a conduit à instituer la laïcité. Elle résulte d’un combat au cours lequel ses partisans ont parfois été excommuniés, exclus et discriminé.


L’Edit de Nantes (1598) marque le premier acte fondateur d’une concitoyenneté par l’établissement de l’égalité entre les catholiques et les protestants. Avec 1789, l’état devient le garant du principe de la liberté d’opinion et de culte. Par la suite, la construction historique de la laïcité voit son point culminant au XIXe siècle, période à laquelle l’église catholique perd sa prééminence sur le politique et la société civile, tandis que de développent les valeurs républicaines et la notion de service public. C’est à cette même époque, en 1971, que le terme « laïcité » apparait pour la première fois dans un dictionnaire, Le Littré.

À d’autres moments de l’histoire de France, la laïcité a fortement été contestée. Sous le régime de Vichy (1940-1944), elle était considérée comme l’œuvre du « diable », des francs-maçons et des juifs.

En politique, comme dans les arts ou les sciences, des personnes d’origines et de convictions très différentes ont accédé à des postes à responsabilités et à des activités de premier plan. Bien que statistiquement minoritaires, nombre de protestants, de juifs ou d’agnostique ont exercé les plus hautes fonctions. Rappelons que c’est en France que l’un des premiers prélats catholiques remarquait qu’il était né juif polonais.

Alors que les systèmes totalitaires et théocratiques imposent une doctrine et des dogmes, la démocratie permet à la diversité culturelle de s’épanouir. Ainsi, les chaînes de télévision publiques françaises sont tenues de réserver des plages horaires aux différents courants religieux et philosophiques.


Deuxième partie

Difficultés et question des acteurs face aux atteintes à la laïcité


1. manifestation du religieux sur l’espace public
2. liberté d’expression religieuse et services publics
3. revendications religieuses dans le monde du travail
4. radicalisations politico-religieuses
5. fondamentalismes et droits des femmes
6. approche méthodologique

Les observations présentées dans cette partie reposent sur les trois sources suivantes :

1. une synthèse de plusieurs rapports officiels, publiés entre 2000 et 2007, qui témoignent des difficultés rencontrées par les professionnels quant à la gestion des faits religieux ;

2. Une capitalisation des expériences de formation menées par les équipes de l’ADRIC auprès d’agents institutionnels et associatifs qui œuvrent dans les différents champs de l’action sociale ;

3. Les apports de séminaires spécifiquement organisés autour des questions relatives à la gestion des faits religieux.


Cette démarche nous a permis de repérer une série de faits et de phénomènes qui questionnent les acteurs quant aux enjeux et aux objectifs de la laïcité. Ces situations nous confirment la nécessité de construire des outils pour améliorer l’action sociale dans le respect de la laïcité et favoriser le développement de la citoyenneté et tu vivre-ensemble. Nos analyses sont élaborées à partir de ces situations et de leur impact sur les différents champs de l’intervention sociale.

1. manifestation du religieux sur l’espace public


Il existe une diversification des manifestations publiques d’origine religieuse individuelles et collectives. Les signes (1) et les comportements (2) religieux sont plus en plus visibles dans l’espace public ; les communautés religieuses se manifestent davantage. Par ailleurs, les acteurs locaux et les élus portent un intérêt croissant aux identités et aux communautés religieuses. Dans certaines situations, la visibilité du religieux dans l’espace public questionne les acteurs quant au principe de la laïcité.


(1) Port de signes religieux 

À l’exception de l’école publique et de l’obligation de neutralité qui incombe aux fonctionnaires, il n’existe aucune réglementation sur le port des signes religieux ou politiques dans l’espace public. Cependant, le Conseil d’état crée des restrictions au port de signes religieux pour limiter les risques d’usurpation ou de falsification d’identité. Cela concerne principalement les questions des photos d’identité et de sécurité publique. 

Ainsi, pour les délivrances d’une pièce d’identité, depuis le décret du 20 novembre 1999, et pour la délivrance d’un passeport depuis celui du 26 février 2001, les photographies doivent être faites tête nue afin de permettre l’identification des personnes. Néanmoins, il existe toujours un contentieux relatif à des religieuses catholiques, des femmes musulmanes ou des hommes sikhs. 

Des Raisons de sécurité publique ponctuelles doivent aussi être prises en compte, notamment lors de contrôles de police, quand des individus doivent être identifiés. 


(2) Lorsque la scansion du temps sacré devient un moyen de manifester publiquement son appartenance religieuse, des tensions surgissent, notamment dans les cas où les prières ou les jeûne du Ramadan, font l’objet de surenchères aboutissant à des pratiques de plus en plus éprouvantes pour de très jeunes enfants.


Situations rencontrées

1. Lors de séjours scolaires ou parascolaires, des jeunes demandent à prier pendant les activités collectives. Or, leur inscription à ce type de séjour entraîne leur participation aux activités du groupe, sans que cela ne porte atteinte à leurs moments de liberté individuelle. Autrement dit, s’ils doivent respecter les temps collectifs, ils peuvent s’adonner aux activités de leur choix pendant les temps individuels. 

2. Des intervenants sociaux se demandent comment intervenir face à certaines pratiques religieuses : une femme enceinte de 8 mois qui pratique le ramadan ; des parent qui imposent le ramadan à des enfants de moins de 13 ans, en pleine croissance ; un jeune homme qui refuse de se soigner et de prendre des médicaments nécessaires à sa santé pendant le ramadan. 


Codes alimentaire d’origine religieuse 

Lors de séjours collectifs ou de moments de convivialité dans les centres sociaux, certains individus font pression sur d’autres pour leur imposer des usages alimentaires considérés comme « religieusement corrects ». 


Situations rencontrées


1. Lors d’un séjour collectif pour personnes âgées, des conflits surgissent au sujet de la nourriture casher, lorsqu’un petit groupe tente d’imposer son mode d’alimentation aux autres participants et des consignes aux cuisiniers. 

2. Dans des centres sociaux, certains enfants exercent des pressions sur d’autres enfants qui, selon eux, ne respectent pas les prescriptions religieuses. Leurs propos sont souvent fondés sur une méconnaissance de ces prescriptions. Les animateurs doivent alors gérer des situations pour lesquelles ils ne possèdent pas nécessairement des informations appropriées. Ils sont d’autant plus désemparés lorsque ces jeunes qui réclament, par exemple ; de la nourriture exclusivement halal, n’ont aucun scrupule à aller dans des chaînes de fastfood où aucun des codes religieux qu’ils revendiquent au sein des centres sociaux, n’est en vigueur. 

3. Lors d’un voyage organisé, des travailleurs sociaux ont demandé à être remboursés des repas parce qu’ils n’étaient pas hallal. La direction a refusé leur demande. 


Il arrive que des individus anticipent la volonté de personnes musulmanes (ou présupposées telles) et les réduisent ainsi à une appartenance religieuse (réelle ou supposée), sans leur permettre de s’autodéterminer. Ce qui part du bon sentiment de ne pas être discriminant, se révèle au final être discriminatoire, voire ethnicisant. 


Situations rencontrées

1. Lors d’un séjour collectif, un cuisinier prépare de la viande halal à l’intention de trois animateurs musulmans. étant donné qu’il n’existait aucune boucherie halal sur le lieu du séjour, il a fait un réel effort pour s’n procurer, alors que les animateur n’avaient émis aucun souhait en ce sens. Ils ne demandaient qu’une simple alternative à la viande de porc . 

2. À l’occasion du vernissage d’une exposition, une association commande un buffet compos » de nourriture halal et excluant toute boisson alcoolisée dans la volonté de respecter la communauté musulmane du quartier. Des non-musulmans et des musulmans non pratiquants également présents à l’inauguration ont apporté eux-mêmes de l’alcool et d’autres nourritures.
Certains acteurs dénoncent la montée des communautarismes et de l’ethnicisation. D’autres considèrent qu’il ne s’agit là que d’une meilleure prise en compte de la diversité culturelle. Des élus ou des autorités locales estiment que les religions et le dialogue avec les religions constituent une ressource politique, un élément, de légitimation pour obtenir la cohésion et la paix sociales. L’idée sous-jacente, et parfois explicite, est que les acteurs religieux ont un rôle de méditation à jouer pour les populations en difficulté. (3) En effet, des organisations religieuses se présentent comme des instances de médiation, de représentation et de gestion de certains groupes minoritaires ou diasporas, ce qui peut renforcer les dérives communautaristes.
Des municipalités prétextent les activités culturelles développées au sein des mosquées, notamment les cours d’arabe, pour justifier leur soutien à la construction d’édifices religieux. Cette double activité des mosquées renforce l’idée que la culture et la langue arabes sont étroitement associées au religieux, comme si, dans ce cas précis un enseignement laïque serait inapproprié.

Présentation de l’atelier « laïcité et droits des femmes » Forum Femmes Méditerranée

Objectifs :

Promouvoir les valeurs républicaines de la laïcité en France en valorisant la liberté de conscience, la liberté de la presse et l’égalité femmes – hommes

"La laïcité doit permettre à chacun de s'émanciper, de s'épanouir et de trouver sa propre liberté »
Partant du constat qu’à l’heure actuelle la laïcité est menacée par la montée des intégrismes religieux qui remettent en cause les valeurs de notre République, notamment la liberté de conscience, la liberté de la presse et plus particulièrement l’égalité entre les hommes et les femmes, ce projet a pour objectif de sensibiliser les jeunes gens en diffusant un message de vigilance laïque au moyen de support audiovisuel

La laïcité doit être considérée comme le dispositif juridique qui permet la séparation effective des Eglises et de l’Etat, l’égal traitement des citoyens sans aucune discrimination.
Etre laïque c’est : - Respecter les religions des uns et des autres, et admettre la liberté de conscience - Refuser que les religions contrôlent la sphère publique.

Au terme de ces séances, les élèves devraient être capables de :
1. Comprendre la notion de laïcité et en donner une définition.
2. Distinguer ce qui relève du privé et ce qui relève du public.
3. Identifier les attitudes et les pratiques qui créent des différences et des inégalités entre les femmes et les hommes

Durée : 2h00 par séance
Tarif : 50€ par séance. 100 euro pour les 2 heures
Support utilisé un : DVD « Laïcité et droits des femmes » (cf fiche de présentation p 3 ) et la Charte de la Laïcité

Déroulement :

Présentation de l’intervenante et de l’association Forum Femmes Méditerranée
DVD 1 : Une histoire de la laïcité : Sélection de passages : DVD1 : 5’
Puis définition de la laïcité .Textes : charte de la laïcité à l’école + charte de la laïcité dans les services publics.

Les valeurs et principes que la Charte de la Laïcité met en jeu, seront développés article par article :

 Citoyenneté
 Croyance
 Droit
 Liberté
 Devoir
 Discrimination
 Religion
 République
 Laïcité
 Egalité

Discussion avec le groupe autour de la notion de la laïcité

DVD 2 : Une histoire du féminisme 25’30
Droits des femmes en France: repérage des principaux droits

Évolution

Ce que peuvent faire les femmes de nos jours et qu’elles ne pouvaient pas faire avant, notamment en ce qui concerne les métiers, les habits, les gestes.
Orientation professionnelle des jeunes filles dans toutes les filières, incitations vers les métiers scientifiques donc filières scientifiques plutôt que littéraires.
Discussion avec le groupe autour des droits des femmes

Fiche de présentation du DVD « Laïcité et droits des femmes »

Ce film de 48 minutes, « Laïcité et Droits des Femmes », est produit par l’association Phare et par Forum Femmes Méditerranée. Pendant la première partie du film, sont présentées des extraits de différentes interventions, dont celles de Jean-Pierre Brard, à l’époque encore maire de Montreuil, de Marc Dolez, député socialiste, de Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, de Jean-François Kahn, directeur de Marianne, d’un professeur de philosophie, Philippe Dehay, et du sociologue indien, Harsch Kapoor, qui sut, avec des mots fort simples, expliquer son émerveillement devant la laïcité française, et dire que les Français ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Dans la deuxième partie de son film, Véronique insiste sur la question du droit des femmes, en remontant à la Révolution française. L’historienne Catherine Marand-Fouquet explique longuement la difficulté des femmes, dès 1789, à se faire reconnaître comme des égales, et l’hostilité de nombreux révolutionnaires (malgré Condorcet) à leur reconnaître des droits. Elle parle de la répression que subirent des femmes exceptionnelles comme Olympe de Gouges. Anne Zelensky développe, dans cette deuxième partie, la bataille des féministes en 1968, mais aussi dans les années qui ont suivi. Elle explique pourquoi, selon elle, la bataille pour la liberté était déterminante, sans l’opposer pour autant à celle pour l’égalité. On entendra également la féministe égyptienne Nawal el Saadaoui expliquer le rôle politique, économique et sexuel des religions. D’autres témoignages, comme celui des militantes algériennes Cherifa Kheddar et Wassyla Tamzali témoignent de l’universalité de la lutte des femmes pour leurs droits et pour la défense de la laïcité. Des images de manifestations de femmes, dans les rues de Marseille ou de Paris complètent ces interventions. De plus « Laïcité et Droits des Femmes » est un outil fort utile à qui veut convaincre du caractère à la fois unique et universel de la laïcité française.

Quelle histoire le voile raconte-t-il aux enfants?

Quelle histoire le voile raconte-t-il aux enfants?

Tout le monde sait que la période de la naissance jusqu'à 6 ou 7 ans est cruciale pour le développement de l'enfant. Les pédagogues et autres spécialistes de l'enfance ne cessent de réclamer plus d'attentions, de budgets, de programmes destinés à aider les tout-petits à grandir.

C'est durant cette période:

• que se noue et se dénoue (si tout se passe bien) ce qu'on a appelé les complexes d'Œdipe et d'Électre;
• que se structurent les bases d'une saine identité sexuelle et de genre;
• que l'enfant développe un sentiment d'appartenance à un groupe sexué;
• que se construit le sentiment de sa propre valeur;
• que s'organise la capacité d'attachement;
• que l'enfant intériorise, au contact des adultes qui l'entourent, ce qui en est d'appartenir à un sexe et comment se comportent les messieurs dames auxquels ils s'identifient, soit par similitude soit par complémentation.

Ici comme ailleurs, on occulte bien des questions dans le débat sur le voile. L'essentiel n'est-il pas que les enfants soient accompagnés, en garderie, par des femmes aimantes? Pas tout à fait. C'est une pensée sympathique, mais un peu courte. Il faut aussi se demander ce que les enfants, eux, perçoivent de ce voile? Comment le traduisent-ils? Comment l'intériorisent-ils? Comment celui-ci façonne-t-il leur perception de la féminité et de la masculinité? Des questions, aussi muettes que fondamentales qu'il faut aborder.

Il est indéniable que le fait de côtoyer quotidiennement des femmes voilées a une incidence sur la représentation que se fait l'enfant de l'être féminin, du corps féminin. Même s'il s'agit du hijab, le fait que le visage ne soit vu que de face, tête recouverte, sans oreilles, sans cheveux et sans cou transmet forcément une image morcelée de la représentation humaine féminine.

Des bribes de l'histoire

Des bribes de l'histoire racontée par le voile aux tout-petits :

• il y a une différente importante entre les hommes et les femmes;
• les femmes doivent se comporter différemment en présence des hommes;
• le corps de la femme, en tout ou en partie, est emprisonné alors que celui de l'homme est libre;
• le corps de la femme doit s'effacer du regard, s'éclipser;
• la femme baisse les yeux au passage de l'homme;
• la femme ne serre pas la main des papas, ce geste témoin de relations sociales conviviales;
• la femme n'est pas autorisée à sentir le vent dans ses cheveux...

L'éducatrice aura beau être aimante et merveilleuse, elle n'a aucune prise sur ce message inoculé à l'enfant, consciemment ou inconsciemment.

Les tout-petits apprennent par mimétisme

Dès la petite enfance, filles et garçons apprennent par mimétisme. Ils apprennent l'affection, l'amour, la joie, la peine, la peur, le dégoût, la tendresse, la fierté, la honte, la colère via les signaux émotionnels que renvoie le visage de l'adulte qui en prend soin. Par delà le langage, les micro-expressions et micros mouvements faciaux font comprendre à l'enfant ce qui est en train de se passer dans sa relation avec son interlocuteur. Mais aussi, ce qui se joue dans la relation de l'interlocuteur adulte, dans ce cas-ci son éducatrice, avec les autres enfants, avec les autres adultes, les autres hommes et femmes...

Pour favoriser l'échange, la communication, la reconnaissance de ce qui se joue dans une interaction humaine, le visage en entier doit être pleinement visible et accessible. Je vous invite à explorer le travail de Giacomo Rizzolatti <http://fr.wikipedia.org/wiki/Neurone_miroir> qui a révolutionné la notion d'empathie avec sa découverte des neurones miroirs dans les années 1990.

Dès la petite enfance, les tout-petits apprennent par modélisation, c'est-à-dire par identification aux adultes qui gravitent dans leur univers. C'est maintenant chose connue: la manière dont ces adultes témoignent de ce que c'est qu'être une femme ou un homme, la manière dont ils et elles exercent les tâches et activités qui leur sont dévolues, la manière dont ils et elles transigent et évoluent avec les personnes de leur sexe et de l'autre sexe influence autant l'enfant que tous les discours. Je suis une fille, donc je reproduis les comportements et attitudes des femmes... Idem pour les garçons avec les hommes.

Il n'y a pas que les mots, mais il y a aussi les mots

Et puis, les enfants sont insatiables de curiosité. Ceux de 3 à 6-7 ans sont inlassablement fascinés par la différence des sexes qu'ils découvrent. Que répondra l'éducatrice au bambin qui lui demande pourquoi elle porte le voile et pas son mari? Que dira-t-elle à la gamine qui veut savoir pourquoi elle ne serre pas la main de son papa? On a beau croire que les éducatrices ne sont pas là pour enrégimenter les enfants ou les rallier à leur foi ou culture religieuse, il faut se demander comment elles répondront aux questions sur la sexualité comme : «Comment il rentre le bébé dans le corps de la maman?» ou «Pourquoi y'a des monsieurs qui aiment d'autres monsieurs?»... Quelles seront leurs réactions et interventions devant l'expression de la curiosité sexuelle enfantine? Le jeu sexuel? La masturbation d'Albert ou de Zoé?

Réprouver le port du voile pour combattre le racisme...

Le voile est un vêtement lourd de valeurs négationnistes et réductrices à l'endroit des femmes et des hommes. Il est tout sauf neutre. Par conséquent il n'a pas sa place dans les lieux d'éducation des enfants, fussent-ils privés ou publics.

Réprouver le port du voile, c'est combattre le racisme. Sexisme, misogynie et détestation des femmes ne sont-ils pas l'expression du racisme planétaire le plus répandu, destiné à cette moitié de l'humanité constituée de la «race des femmes»?

Enfin, désapprouver le port du voile, faut-il le répéter, ne signifie pas combattre les femmes qui le portent. Bien au contraire. Cette simplification commence à frôler la mauvaise foi. Je ne me contrefiche pas que des femmes puissent perdre leur emploi en raison d'un apparat religieux qu'elles se sentent incapables de quitter. Du fond du cœur, je souhaite que cela n'arrive à aucune, mais...

Mais à titre de personne responsable, de pédagogue, d'ex-éducatrice en garderie, d'ex-formatrice auprès du personnel œuvrant auprès de la petite enfance, de mère et de grand-mère, j'ai d'abord à cœur l'épanouissement des enfants, lequel passe par la neutralité, indissociable de l'égalité: égalité entre les garçons et les filles, entre les hommes et les femmes, lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes, activités mixtes accessibles aux deux sexes.

Il faut que cela se dise et que cela se voie: les hommes et les femmes sont libres et égaux. Mon slogan est joyeux: «Garçons et filles, hommes et femmes, ensemble, dedans, dehors, à la dînette, à la piscine, au marteau ou au fourneau!»